Kinshasa, 7 juin 2026- Le scandale entourant le Fonds spécial de réparation et d’indemnisation de victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO) continue de susciter de vives interrogations. Un nouveau chiffre révélé ce samedi lors d’un Space organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala vient alimenter les soupçons autour de la gestion des fonds destinés aux victimes.
Au cours de cet échange public, le coordonnateur du FRIVAO, Mgr François Mwarabu, a reconnu que 2,6 millions de dollars avaient été transférés sur les comptes du ministère de la Justice sous la gestion de l’ancienne ministre Rose Mutombo.
Cette somme, représentant environ 5 % des fonds versés par l’Ouganda à la RDC dans le cadre des réparations décidées par la Cour internationale de Justice (CIJ), aurait été affectée à ce qui a été présenté comme des « frais de gestion du contentieux ».
Interrogé sur la légalité de cette opération, Mgr Mwarabu a affirmé que le FRIVAO avait agi sur instruction de son autorité de tutelle et avec l’accord de l’Inspection générale des finances (IGF). Selon lui, l’institution qu’il dirige n’aurait fait qu’exécuter une décision prise à un niveau supérieur.
« Ce n’est pas nous qui avons remis, c’est une demande de l’autorité », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que le FRIVAO n’est qu’un organe chargé de l’exécution des décisions relatives à la gestion des fonds.
Cependant, lorsqu’il lui a été demandé si ce transfert pouvait être assimilé à un détournement de fonds destinés aux victimes, le coordonnateur a refusé de se prononcer clairement. « Je ne saurais ni infirmer ni confirmer », a-t-il répondu, évoquant l’adage latin « Qui donne ordonne » pour justifier le respect des instructions reçues.
Mgr Mwarabu a néanmoins reconnu qu’il s’agissait de « mauvaises pratiques », estimant que ce type d’instructions contraires aux règles de gestion serait à l’origine des poursuites judiciaires visant actuellement certains responsables.
Ces révélations relancent le débat sur l’utilisation des fonds issus de la condamnation de l’Ouganda par la CIJ.
Selon l’arrêt de la juridiction internationale, les 325 millions de dollars accordés à la RDC doivent être répartis selon une clé précise : 69 % pour les dommages liés aux pertes en vies humaines, 12 % pour les dommages matériels et 18 % pour les dommages causés aux ressources naturelles, cette dernière part étant destinée à être gérée directement par l’État congolais.
Dans ce contexte, le transfert de 2,6 millions de dollars au ministère de la Justice suscite des interrogations d’autant plus fortes que plusieurs observateurs estiment qu’une faible proportion des fonds déjà reçus aurait effectivement bénéficié aux victimes. Selon les chiffres évoqués lors du débat, seulement 14,3 % des montants perçus auraient atteint les bénéficiaires visés.
Alors qu’un audit indépendant est attendu dans les prochains jours, cette nouvelle révélation pourrait constituer l’un des principaux points d’attention pour les enquêteurs appelés à faire la lumière sur la gestion du fonds d’indemnisation.
