ARSP : Pourquoi Ted Beleshayi multiplie-t-il les attaques contre Miguel Kashal au lieu de répondre aux attentes des entrepreneurs congolais ? ( dossier)

Kinshasa, 22 octobre 2026- L’opinion publique s’interroge sur les priorités de l’actuel directeur général de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), Juan-Ted Beleshayi, dont les récentes déclarations visant son prédécesseur, Miguel Kashal Katemb, suscitent une vive controverse.

Alors que les entrepreneurs congolais attendent des résultats concrets dans l’accès aux marchés de la sous-traitance, le débat se concentre désormais sur les bilans successifs à la tête de cette institution.

Invité du Space Live animé par le journaliste Stanis Bujakera, le mardi 20 octobre 2026, le directeur général de l’ARSP a tenu des propos qui ont provoqué des réactions dans l’opinion publique. Face à ces déclarations, des défenseurs du bilan de Miguel Kashal estiment nécessaire de rétablir certains faits et d’apporter des éclaircissements sur les réalisations enregistrées sous sa direction.

Miguel Kashal : un bilan défendu par ses partisans

Durant son passage à la tête de l’ARSP, Miguel Kashal Katemb a été présenté par ses soutiens comme un acteur important de la structuration et du développement du secteur de la sous-traitance en République démocratique du Congo.

Son bilan est notamment associé à plusieurs réformes réglementaires, à l’élargissement de l’accès des entreprises congolaises aux marchés et à la mise en place de mécanismes visant à renforcer la transparence dans l’attribution des contrats.

Ses défenseurs rappellent également que son action a été saluée publiquement par plusieurs responsables gouvernementaux, notamment dans le secteur de l’Entrepreneuriat et des Petites et Moyennes Entreprises.

Ressources humaines : la question des arriérés de salaires

Contrairement aux critiques rapportées dans le débat actuel, les défenseurs de l’ancien directeur général affirment qu’aucun mois d’arriérés de salaires n’a été enregistré durant les trois ans et huit mois de sa gestion.

Ils soulignent également que la prise en charge médicale du personnel était assurée par plusieurs structures sanitaires, notamment Médecins de Nuit, Diamant et HJ Hospital.

Ces éléments constituent, selon eux, des indicateurs importants de la gestion administrative et sociale de l’institution durant cette période.

Attestations de sous-traitance : des chiffres qui suscitent des interrogations

L’une des principales controverses concerne le nombre d’attestations délivrées par l’ARSP entre 2020 et 2025.

Selon les éléments avancés par les défenseurs de Miguel Kashal, le chiffre de 80 attestations attribué au directeur général actuel serait incompatible avec la numérotation des documents délivrés par l’institution.

Ils indiquent qu’en janvier 2023, les attestations délivrées sous la direction de Miguel Kashal portaient déjà le numéro 4 100, tandis qu’en février 2026, la numérotation aurait atteint 16 800.

Sur cette base, ils estiment que plus de 12 000 attestations auraient été délivrées entre janvier 2023 et février 2026.

Ces chiffres soulèvent donc une question essentielle : sur quels documents et quelle méthode de calcul reposent les statistiques avancées dans le débat public ?

La publication des données officielles détaillées permettrait de clarifier cette divergence et de donner à l’opinion publique les moyens de se faire une idée sur la base d’éléments vérifiables.

ARSP : la crédibilité de l’institution au cœur de la controverse

Les déclarations mettant en cause la crédibilité de l’ARSP sous la direction de Miguel Kashal sont également contestées par ses défenseurs.

Ces derniers rappellent plusieurs initiatives entreprises durant cette période, notamment les travaux relatifs au contenu local, la révision du cadre juridique de la sous-traitance, la signature de protocoles d’accord avec différentes institutions publiques et le renforcement des relations avec la Fédération des entreprises du Congo (FEC).

Ils évoquent également la participation de l’ARSP à plusieurs rencontres économiques nationales et internationales, notamment la DRC Mining Week, le Mining Indaba en Afrique du Sud ainsi que des forums organisés au Canada, en France et à Dubaï.

Pour les partisans de l’ancien directeur général, ces initiatives témoignent des efforts déployés pour renforcer la visibilité de l’institution et consolider sa place dans l’écosystème économique national.

Concernant les accusations de pratiques assimilées au racket, ils affirment que de telles pratiques n’étaient pas tolérées sous la direction de Miguel Kashal et mettent en avant le travail des équipes d’inspection ainsi que les mécanismes de contrôle mis en place.

Ces affirmations mériteraient néanmoins d’être appréciées à la lumière des documents administratifs disponibles et des éventuels éléments de preuve produits par les différentes parties.

Des marchés de plusieurs milliards de dollars au centre du débat

La question des marchés attribués aux entreprises congolaises constitue un autre point majeur de cette controverse.

Les défenseurs de Miguel Kashal rappellent qu’en 2024, le ministre de l’Entrepreneuriat et des PME, Désiré N’Zinga Bilihanzé, avait salué les efforts accomplis pour donner davantage de visibilité à l’ARSP.

En juin 2025, le ministre Louis Watum Kabamba avait, pour sa part, évoqué près de 1 400 contrats d’une valeur totale supérieure à deux milliards de dollars obtenus par des entreprises congolaises, avec environ 800 entrepreneurs bénéficiaires.

Cette déclaration, attribuée au ministre de tutelle, est régulièrement invoquée par les partisans de l’ancien directeur général pour illustrer les résultats obtenus dans le secteur de la sous-traitance.

Dans ce contexte, les interrogations portent également sur les chiffres de 20 milliards de dollars qui auraient été versés à des entreprises présentées comme non éligibles.

Pour dissiper les doutes, la publication des listes des entreprises principales concernées, des sous-traitants bénéficiaires, des contrats attribués et des montants correspondants permettrait de soumettre ces affirmations à un examen public.

La transparence des données demeure en effet essentielle pour apprécier les résultats d’une institution chargée de promouvoir l’accès des entreprises congolaises aux opportunités économiques.

VUNGA : le financement des entrepreneurs locaux

Le programme VUNGA figure également parmi les initiatives mises en avant dans le bilan de l’ancienne direction.

Mis en place en partenariat avec Rawbank, sous l’impulsion de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le programme VUNGA 1 était présenté avec une enveloppe de 200 millions de dollars destinée au financement des entrepreneurs locaux.

Les perspectives évoquées prévoyaient également le développement des phases VUNGA 2 à VUNGA 5, avec l’ambition d’atteindre un financement total d’un milliard de dollars grâce à la mobilisation de partenaires financiers.

Pour les entrepreneurs congolais, l’enjeu est désormais de voir ces mécanismes se traduire par des possibilités concrètes de financement, une meilleure compétitivité et un accès élargi aux marchés.

La continuité du service public avant les polémiques

Au-delà des divergences entre les deux dirigeants, la question fondamentale reste celle de la mission de l’ARSP : garantir une régulation efficace de la sous-traitance et favoriser la participation des entreprises congolaises à l’économie nationale.

Les défenseurs de Miguel Kashal rappellent qu’à son arrivée à la tête de l’institution en 2022, celui-ci n’avait pas fait de ses relations avec son prédécesseur, Ahmed Kalej Kand, le centre de sa communication publique.

Ils estiment que la priorité doit rester la poursuite des réformes, la consolidation des acquis et la production de nouveaux résultats au bénéfice des entrepreneurs congolais.

La fonction de directeur général d’un établissement public exige, en effet, un sens élevé des responsabilités, de la retenue dans la communication et un engagement constant en faveur de la continuité du service public.

En définitive, les entrepreneurs congolais attendent moins des confrontations entre anciens et nouveaux dirigeants que des résultats mesurables : davantage de contrats accessibles, des financements effectifs, une concurrence équitable et une transparence renforcée dans la gestion de la sous-traitance.

Dossier de Trésor Mwaka journaliste d’investigation.

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