Kinshasa, 20 septembre 2025- À la grande barrière de Goma, principal point de passage entre la RDC et le Rwanda, un bâtiment de la Direction générale de la migration (DGM) connaît désormais une activité inhabituelle. C’est dans ces locaux que la Bank of Kigali a ouvert un guichet bancaire, une installation rendue possible grâce au soutien de Kigali et à l’influence des rebelles du M23-AFC.
Il n’y a pas si longtemps, la Coopérative d’épargne et de crédit du Congo (CADECO) avait tenté une expérience pilote pour favoriser le commerce transfrontalier. Mais faute de moyens solides et d’un suivi rigoureux, cette initiative s’est vite essoufflée. Aujourd’hui, l’espace laissé vacant est repris par la Bank of Kigali, devenue la seule institution financière opérationnelle dans les zones sous contrôle du M23-AFC.
Désormais, toutes les recettes générées par les services administratifs et commerciaux de ces territoires convergent vers ce guichet. Chaque jour, de longues files d’attente se forment, souvent dès le matin et jusqu’en fin de journée, témoignant de l’ampleur de l’activité.
Un habitant de Goma a livré son expérience à nos confrères de libregrandlac.com. « Je suis arrivé à 9h30, mais je n’ai été servi qu’à 14h45. Les services de l’État comme les particuliers viennent y déposer leurs fonds. Même les francs congolais sont acceptés, mais à la fin de la journée, tout est transféré à Kigali », confie-t-il.
Le fonctionnement du guichet se distingue par un détail marquant : toutes les transactions se font exclusivement en dollars américains, avec une retenue automatique de 5 % appliquée à chaque retrait. Malgré cette taxe jugée lourde par certains, l’affluence ne diminue pas, preuve de la dépendance croissante des habitants et des institutions locales à cette nouvelle structure bancaire.
Au-delà de l’aspect financier, cette dynamique traduit une stratégie plus profonde – celle de canaliser les flux économiques de l’Est congolais vers Kigali. Une centralisation qui, dans un contexte de crise sécuritaire et humanitaire persistante, soulève de sérieuses inquiétudes quant à la souveraineté économique de la RDC dans cette région stratégique.
